Ce que la mort de mes parents m’a apporté
Recommencer à écrire en parlant de la mort est absolument cohérent avec ma direction artistique. La mort est ce qu’il y a de plus certain et pourtant, c’est probablement le sujet qu’on évite le plus. En même temps, qui a envie d’imaginer sa rencontre avec Meuwti Bae ? Il y a des moments qui changent la trajectoire de nos vies à jamais.
Pour moi, ce fut la mort de mes parents, à 11 ans d’intervalle. Et je vous assure que c’est comme si c’était hier. Depuis, tout a changé : ma relation à la mort, à la vie, au temps, à l’amour et même ma tolérance au BS. Je suis devenue orpheline deux fois un 12. J’ai débuté mon parcours dans l’orphelinat le jour de la Tabaski, le 12 février 2003. Je me rappelle que ma mère était en voyage. Elle était partie rejoindre mon père, qui était malade, ainsi que ma sœur qui était à son chevet. J’avais 16 ans et j’étais seule à la maison. Cette Tabaski-là, j’étais censée la passer avec ma bestie Soda. Je me rappelle l’avoir appelée avec ce qui me servait de téléphone à cette époque-là, probablement un iPhone 1. À peine je lui avais envoyé un “boy j’arrive” que la petite sœur de ma mère est arrivée, à ma grande surprise. On a discuté un peu et j’ai immédiatement senti quelque chose d’étrange. Elle avait l’air gênée, comme si elle cherchait ses mots sans réussir à les sortir. J’étais impatiente, pressée de partir rejoindre ma copine. Puis elle m’a finalement annoncé la nouvelle. Avec difficulté. Elle m’a aussi expliqué qu’elle était venue me chercher pour que je reste avec elle le temps que les formalités soient faites et que ma mère rentre.
Je vous avoue que je n’ai entendu que les premières phrases de son discours. Ensuite, c’était le néant. Comme quand un avion décolle et que tout devient silencieux autour de vous. Ce jour-là, ma vie a pris un tournant décisif. Je n’ai plus jamais été la même personne. Il faut savoir que j’avais décidé de faire des études en sciences économiques, non pas par passion, mais parce que lui en avait fait. J’avais de bonnes notes pour lui faire plaisir. C’était une manière de me rapprocher de lui, en réalité. Et je me suis rendu compte après son décès que j’avais perdu mon drive. Ma motivation. Mes notes ont commencé à baisser. Puis j’ai compris quelque chose de difficile : je ne travaillais pas vraiment pour moi. Je travaillais pour lui. Le deuil vient avec tout ce qu’on connaît déjà : la tristesse, la solitude, le manque. Mais il vient aussi avec des choses dont on parle moins. La manière dont certains proches vous regardent après la mort d’un père. La manière dont certains hommes vous traitent quand ils pensent qu’il n’y a plus de figure paternelle derrière vous pour vous protéger. Et puis il y a cette confrontation brutale avec Dieu, avec le destin, avec l’injustice parfois. Ensuite, j’ai appris à continuer à vivre avec cette douleur. En essayant malgré tout de le rendre fier. Mais certaines étapes de la vie deviennent plus compliquées à traverser sans ses parents : notamment le mariage, la maternité, la réussite ou encore l’atteinte de certains objectifs. Je me rappelle avoir ressenti un mélange étrange de joie et de tristesse ce jour-là, parce que ce n’était pas comme je l’avais imaginé. Je n’avais jamais imaginé qu’un autre homme que mon père me donnerait en mariage.
Puis, avec le temps, mes frères, mes sœurs et moi avons appris à vivre avec cette absence. Avant de perdre, le 12 septembre 2014, la reine de mon cœur. C’est d’ailleurs pour cela que le chiffre 12 est devenu si particulier pour moi. J’ai perdu mes deux parents un 12. Ma mère était malade depuis quelques mois et avait été évacuée à l’étranger. Je ne l’avais pas beaucoup vue durant cette période. D’une certaine manière, son décès était choquant, mais plus lent et plus silencieux. Ma mère, elle, n’était pas restée très longtemps à l’hôpital avant de décéder. Une semaine, je crois. Mais il y a une chose que je n’oublierai jamais : la température de son corps changeant dans mes mains, son dernier souffle que j’entends encore quand je ferme les yeux, et son regard devenant vide en une fraction de seconde. La vague de solitude, de désarroi et de faiblesse que j’ai ressentie ce jour-là est indescriptible.
Je ne pense pas revivre une douleur aussi profonde. Mais maintenant que vous connaissez les circonstances de ces pertes, je veux surtout me concentrer sur une chose : J’ai survécu. J’ai survécu à des douleurs que je pensais incapables de traverser. Et cela a débloqué en moi une force que je ne soupçonnais pas. Le deuil a complètement changé ma manière de vivre, de prendre des décisions, de supporter la douleur aussi. Parce que ma relation au temps est devenue différente.
Quand on a déjà vécu l’irréparable, beaucoup de choses cessent de nous impressionner. On aime plus honnêtement. On quitte plus vite les endroits qui nous détruisent. On comprend que tout peut s’arrêter brutalement.
Et peut-être que c’est ça que la mort m’a réellement apporté : l’urgence de vivre.
22 réponses
En te lisant je sens que je n’ai pas vraiment pleuré mon père peut être pour me protéger qui sait ? Mais merci d’avoir partagé ça avec nous❤️
You’re awesome NK, thanks for sharing this experience. Comme on dit, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. J’imagine que ces épreuves ont davantage fortifiée la belle personne que tu es. Be better!
Thank you for your kind words, it definitely changed my perception if life and time.
Que firdaws soit leur derniere demeure, merci pour le partage, ce rappel de profiter de nos parents, de la vie😘
Que firdaws soit leur derniere demeure, merci pour le partage, ce rappel de profiter de nos parents, de la vie😘
Toutes mes condoléances 💐 et courage 😅 En te lisant, je me rends compte que je n’ai jamais vraiment pleuré mon père. J’ai peur de cette journée où toutes ces larmes sortiront!
Il faut absolument que tu affrontes ce moment, sinon il va lui même t'affronter un jour où tu n'auras aucun contrôle ;) Bon courage
Profondément touchant! Des mots si justes, si sincères. Merci pour le partage et Massa ❤️
Que Firdaws soit leur dernière demeure inchallah
Amine! merci bcp
Merci d’avoir partagé ces moments de ta vie avec nous. Ce que je retiens c’est que la vie est précieuse et mérite d’être vécue et qu’il ne faut pas s’attarder sur des choses inutiles et qui nous font du mal.
Exactement!
Merci pour ce partage et pour cette belle leçon de vie !
My pleasure!
Merci d’avoir partagé avec nous une partie de ton histoire j’ai lu l’article avec beaucoup d’émotions (orpheline de père). C’est un plaisir de te lire ta plume est toujours aussi belle … de la part d’une lectrice depuis le blog les senégalités 😊
Courage à nous et welcome back!
I love the Energy!
Hey ;)
Masta sister.
Thanks partner
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Merci pour ce partage Coach… tu m'as replongé au moment ou ma mère était a l'hôpital sous oxygène et qu'on devait la transféré en réanimation dans une autre clinique et qu'elle tenait ma main si fort ...bref j'ai pas encore surmonter cet épreuve la preuve je suis en larmes en écrivant ces mots ... J'espère un jour pouvoir atteindre cette résilience . Je sens que je suis sur le chemin mais j'ai besoin de vous... Je traine encore car je veux dabordfaire le ménage dans ma vie avant de me soigner...
Hello Fifi, c'est une épreuve très difficile et on apprend à vivre avec comme on peut, tu peux booker une session pour en parler si tu veux, take care, je t'envoie de la force.